Des ciels qui partent

Tuesday, February 26, 2013

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Dans les paquets de vent, ivre de Paris, tes grands airs abandonnés aux bourrasques, tu sens que la source n’est pas tarie. Pousser jusqu’au Louvre, revoir en peinture les ciels de Venise. Oui, Venise, la lagune, et des ciels qui partent.
De l’œil tu cherches des lueurs qui seraient celles de la lune, mais la vitre du train ne renvoie que ton reflet en costume. Tout à l’heure tu as découvert Sassoferrato et aucun Google n’en rendra jamais les couleurs.

Par Foucauld

(Giovanni Battista Salvi dit il Sassoferrato : La Vierge adorant l’Enfant Jésus)

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Le domaine des dieux

Wednesday, November 28, 2012

Dans la caserne XXIV Maggio, l’Or du Rhin retentit dans une enfilade de pièces sombres, peintes d’un bleu délavé. Cyprien Gaillard y expose à l’initiative de la Fondazione Nicola Trussardi. Destructions de tours, plongeons initiatiques, et compositions de polaroids plantent un domaine des dieux artistique, comme si l’artiste revisitait l’album d’Astérix dans une version contemporaine.
Nous sommes entre les murs de l’ancienne boulangerie militaire qui alimentait toutes les garnisons de Lombardie jusqu’en 2005 et permit de nourrir la ville pendant la Seconde Guerre Mondiale. Dans les années soixante, les minettes affluaient à ses portes pour tenter d’y apercevoir Adriano Celentano venu répondre à l’appel du service national. Johnny ou Booba, chaque pays et chaque génération a son Elvis.
Plus tard, sous la flamme de gaz d’une terrasse couverte, deux femmes discutent devant un spritz et, distraites, déposent frénétiquement les cendres de leurs cigarettes dans la coupelle d’olives vertes. Je ricane puis replonge dans mon livre.

« Et déjà, alors qu’elle ne faisait que se tenir là, dans ses vêtements bien coupés, cela commençait… Les gens commençaient à la comparer à un peuplier, à l’aube matinale, à une jacinthe, à un faon, à de l’eau vive, à un lys dans un jardin ; et cela lui était un fardeau – car elle préférait de beaucoup qu’on la laisse vivre à sa guise à la campagne, mais il fallait qu’on la compare à un lys et qu’elle aille à des soirées, et Londres était si pesant à côté de la solitude à la campagne avec son père et les chiens. »

Par Foucauld + un extrait de Mrs Dalloway de Virginia Woolf

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The Wild Thing

Saturday, April 7, 2012

Charles Fréger a traversé l’Europe pour nous ramener un livre. Wilder Mann vient de paraître aux éditions Thames & Hudson. Deux grandes années auront été nécessaires pour réunir ce mélange d’ethnographie et de mode, où les hommes deviennent bêtes, jettent leur nom par terre et abandonnent toute forme d’identité. Un travail remarquable et comme le monsieur le dit sur son site : Go and get it.

Par Arnaud

 

 

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Amira Fritz – Wild Nothing

Friday, April 6, 2012

Wild Nothing est la dernière exposition d’Amira Fritz, invitée à Milan par Le Dictateur. D’une enfance passée à courir les forêts bavaroises, la photographe tire une obsession pour la végétation, qu’elle expose de manière systématique dans ses images, que ce soit des travaux personnels ou commandés. Pour réaliser ce grand rien sauvage, elle s’est enfermée des mois en Suisse, dans une grande chambre noire, unique méthode pour tirer manuellement ces grands aplats de matières. Chaque pièce est unique et porte en elle toute l’intransigeance de leur créatrice.

Par Arnaud

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Silver Phantom

Monday, January 16, 2012

« … quand les filles nouvelles n’avaient pas encore enfilé les armures, elles dansaient fragiles, avec un spleen impérial, sur les airs ironiques des Kinks. »

Peu d’articles ces temps-ci, j’ai tendance à garder. Je relis Schuhl, aussi. Entrée des Fantômes d’une traite cette nuit. Comment avais-je pu omettre sa nouvelle Silver Phantom sur une nuit d’errance avec Jim Jarmusch ?

Une lectrice de la Conjuration m’a écrit pour me conseiller l’exposition Gisèle Freund à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent où les écrivains du siècle nous y fixent en couleur, pour la première fois. J’en sors et pousse jusqu’au Musée d’Art Moderne dont on ne fréquente jamais assez les collections permanentes, gratuites et néanmoins splendides. Je m’y esclaffe devant les mines terribles de La Promenade du dimanche au Tyrol de Jean Fautrier, ai envie de cueillir les Fleurs de Max Ernst, puis de dévorer une jugulaire comme sur Les Amoureux (après la pluie) de Picabia.

Par Foucauld

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Zeitgeist Paris

Thursday, January 5, 2012

« Qui accepterait de risquer sa vie pour du café bio, des meubles recyclés et des panneaux solaires ? Les causes de notre temps nous paraissent aussi médiocres que notre existence : qualité de l’air, commerce équitable et biodiversité. Il n’y a pas là de quoi soulever les foules, si ce n’est pour leur promettre une vie tranquille, un air sain et des pelouses propres. »

Cet extrait d’Après La Défaite de Bruce Bégout est tiré de Zeitgeist, la prise de risque de Yan Céh. Rassurez-vous, il n’y est question d’aucun Saint Georges pourfendant un dragon d’hydrocarbure mais bien d’une croisade esthétique, habitée par la foi en l’écrit.
Un magazine se feuillette, se parcourt, s’oublie. Zeitgeist n’en est pas un, c’est une revue, conçue pour s’y plonger. On y découvre le manuscrit des Mots Bleus que Jean-Michel Jarre griffonna pour Christophe. D’abord des mots de guingois, à l’encre bleue, raturés, dansants désordonnés. L’encre a bavé, s’est imprimée à l’envers sur la page limitrophe. Les strophes arrivent. Puis l’une prend de l’ampleur, évidente : les mots qu’on dit avec les yeux, toutes les excuses que l’on donne, vous connaissez la chanson…
Si Zeitgeist propose une réflexion sur le langage, le mot n’y est pas exclusif ; d’ailleurs, Michel Houellebecq n’y est pas publié en tant qu’écrivain, mais comme dessinateur : son autoportrait est même analysé par Diana Widmaier Picasso. Dans une remarquable critique, elle fournit une clé, donnée par son illustre grand-père à Brassaï : « Pourquoi croyez-vous que je date tout ce que je fais ? C’est qu’il ne suffit pas de connaître les œuvres d’un artiste. Il faut savoir quand il les faisait, pourquoi, comment, dans quelles circonstances. »

Entre « faiseurs de revues » on se rencontre, et l’on troque ses bébés. J’ai remis Passion à Yan et il a eu la gentillesse de m’offrir Zeitgeist. Lorsque nous discutions, il fut interrompu par un coup de fil de Jean-Jacques Schuhl, l’écrivain culte qui lui a conseillé de se lancer dans cette aventure. Je le questionnai et il me le décrivit comme le véritable zeitgeist – l’esprit du temps. Un esprit dans tous les sens du terme, hantant le présent mais venant du passé, ou de l’avenir.

Pour clore ce post – vilain mot contemporain – je citerai le plus ancien collaborateur de Zeitgeist, un certain Charles Baudelaire dont voici un extrait de Fusées, datant de 1887 :

« Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’œil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et devant lui qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement, ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux – autant que possible – du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit, en contemplant la fumée de son cigare : que m’importe où vont ces consciences ? Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors d’œuvre. Cependant je laisserai ces pages, –  parce que je veux dater ma colère. »

Par Foucauld

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Super Kamiokande

Thursday, September 1, 2011

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Le Super Kamiokande est un cylindre de 40 x 40 mètres, rempli de 50.000 tonnes d'eau pure, ceinturé de grosse boules de verres, creusé au fond d'une montage japonaise Un observatoire de neutrinos, ou la plus belle piscine du monde.

Par Arnaud

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Nos travestis contemporains…

Monday, August 29, 2011

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Punta della Dogana, je contemple la vue à côté de « Pothead » de Paul McCarthy. Derrière la vitre, je me sens aussi con que cette tête de bite. Je suis las des critiques du monde par le biais de l’art contemporain. Un monde qui « continue, sans gêne, sans embarras, dans un univers un peu plus brutal, un peu plus condamné où la moyenne des vertus et des vices doit être restée à peu près constante. »
Près de l’Accademia, un graffiti-verrue : « New Times. New Blood. » Comme Morand, toujours, j’en viens presque à regretter un monde où « chacun portait encore l’habit de sa profession : les pédérastes restaient exclusivement pour hommes, sans faire des extras du côté des dames âgées ; les Blancs étaient moins noirs que les Noirs, les vieilles rôtisseuses de balai, célèbres pour leurs faiblesses, ne publiaient pas des mémoires édifiants, les prêtres ne ressemblaient pas à des pasteurs protestants, les étudiants en sociologie ne se déguisaient pas en bergers kurdes, et les bergers kurdes en parachutistes. » « Jamais l’expression actuelle « être mal dans peau » ne se traduit mieux que par nos travestis contemporains. » dit le génial écrivain.
Alors je retourne à l’immuable, dans les ruelles bordées de murs d’aquarelle. Aux fenêtres, des dessous fleuris et des chemises d’uniforme, cinq, comme les jours travaillés de la semaine. Une mère engueule son rejeton : « viens voir, c’est plus intéressant que d’faire de bêtises ! » Un autre graffiti : « Books and Boobs ». Je souris face à cette encre Posca. Notre monde est tout de même amusant…

Par Foucauld

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Vernissage

Monday, July 4, 2011

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Au cours d’une journée, une série d’événements vient perturber le quotidien des habitants de trois zones géographiques. La mienne ? Une mégalopole. Mon travail ? Écrire neuf histoires sises entre l’aube et le crépuscule.
Ces fictions s’inspirent de mythes urbains appartenant au folklore contemporain. Des séries photographiques issues de Google Image permettent de monter le décor de ces mondes en apparence banals.
Ces textes font partie d’un projet d’Anne-Line Desrousseaux et Julie Slowey, duo de graphistes diplômées des Arts Déco. Il sera présenté lors d’une exposition collective à la galerie du 11 rue des Beaux-Arts 75006 Paris, à partir de ce mardi 5 Juillet. Le vernissage débute à 18h et l’event Facebook est ICI.
A demain.

Foucauld

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Public Domaine

Thursday, June 23, 2011

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« Tu es sûr que tu veux regarder ça ? Mais c’est un livre sur le skate. Non mais parce que moi je n’ai pas trop envie que tu regardes ça. »

Voici les propos tenus par une mère de famille, entendus derrière les rayonnages du centre de ressources de la Gaîté Lyrique. J’ignore si le bambin voulait ouvrir « The Golden Age of Neglect » où autre « Deformer »,  mais j'ai décidé de le venger en me plongeant dans Public Domaine, l’exposition de « skateboard culture », accompagné de Pedro Winter, Seb Carayol et Vincent Carry en guise de guides.
Après quelques vidéos dont l’une sur trente mètres de mur, une sélection de planches aux graphismes « scandaleux », parfois retirées du commerce, pointe du doigt les vices de notre société. Drogues, armes, politiciens foireux, racisme, tous les sujets ont été traités par des graphistes souvent devenus mythiques : la « Disposable Skateboard Bible » en vrai.
Plus loin, « French Fred » projette ses photos sur une installation de boards blanches, Neckface recouvre des mannequins d’injures françaises et Sénizergues fait saliver les grands et les moins grands avec sa maison skatable. Un étage plus haut, Thrasher met à l’honneur 30 ans de clichés d'anthologie et des écrans projettent les rétrospectives des meilleurs photographes du milieu. Dès qu’il évoque quelqu’un, Pedro parle de légende et s’en excuse : « En fait, j’ai l’impression qu’il n’y a que des légendes dans le skate ». Je repense alors aux propos du Boss (Andrew Reynolds, ndlr) qui parle ainsi de ses troupes, des kids déjà mythiques au début de leurs carrières. Steve Caballero vient nous dire bonjour et montre ce que donne l'une de ces fameuses légendes en chair et en os. Je ne résiste pas au plaisir de faire mon fan et réclame une photo en sa compagnie. Après le dessin de Neckface, et avec la soirée des 30 ans de Thrasher dans dix jours, l’été s’annonce mouvementé à la Gaîté… Mes murs vont se retrouver couverts de souvenirs !

Par Foucauld

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