Rapha Prestige Vosges

Thursday, October 19, 2017

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(English version below)

Si les Vosges sont les montagnes les plus proches de Paris, les Parisiens ne les connaissent pas pour autant. Pourtant, il suffit de 2h16 de TGV pour voir leur herse naturelle se dresser depuis les plaines qui entourent Colmar. Le Rapha Prestige était l’occasion de rendre hommage à ces cimes bleutées. Une édition pour grimpeurs que beaucoup ont sous-estimée à leurs dépens…

Le briefing est à 7h. Pour les équipes non-motorisées comme l’Amicale Cycliste dont je fais partie, cela implique de grimper de nuit pendant cinq kilomètres. Un réveil plus efficace qu’un double-expresso ! Lorsque nous arrivons, le jour se lève tout juste. Le Château du Hohlandsbourg offre une vue imprenable sur l’agglomération de Colmar. Les brumes lèvent le voile. A peine plus loin, c’est l’Allemagne. Nos voisins sont venus nombreux à l’invitation de Canyon ou par simple envie de confronter leurs talents aux montagnes françaises. Une poignée de britanniques est arrivée en voiture depuis Londres. Les Vosges sont-elles the place to be ? Avec trente quatuors et un départ toutes les deux minutes, les derniers ont le temps d’admirer les équipes qui ont fait l’effort de se présenter sur la ligne en harmonie de la casquette aux chaussettes. Notre tour vient enfin.

Les premiers kilomètres traversent les coteaux plantés de vignes récemment vendangées. Le millésime 2017 s’annonce prometteur. Personne n’en doute. Progressivement, nous quittons les cultures pour la forêt. Les pourcentages du Grand Hohnack font le ménage et dans la descente, nous rattrapons Le Mélange Prestigieux avec qui nous roulerons jusqu’au pied du Petit Ballon. On ne triche pas avec ce col où chacun est contraint d’être à son rythme. La route serpente dans la forêt. Le bitume est bosselé. On progresse à l’aveugle, les pensées rythmées par le tempo du cœur. À la ferme du Ried, les alpages offrent un premier répit. Néanmoins, c’est le moment d’en remettre une jusqu’au premier checkpoint. Premier bilan : le parcours ne rigole pas et nous n’avons que 50 kilomètres au compteur. Que nous réserve la suite ? La descente réclame toute notre lucidité. C’est là qu’Alberto Contador a chuté et abandonné le Tour en 2014.

Copy of Jochen Hoops - @here_are_wings-0288

Dans le col du Platzerwasel, les équipes volent en éclat. La Route des Crêtes les rassemble pour une jolie récompense et achève de les convaincre que les Vosges sont de vraies montagnes ! On aperçoit le Grand Ballon, leur point culminant. La dernière rampe est impitoyable et le Mobile Clubhouse une apparition. Les participants se ruent sur les bretzels et n’hésitent pas longtemps avant d’en prendre un second. D’autres laissent même leurs vélos pour un déjeuner plus consistant à l’auberge attenante. Les 20 kilomètres de descente à venir leur laisseront le temps de digérer. « Défense de luger » prévient la pancarte plantée par le maire. Nous en rions tête baissée et retrouvons des couleurs à mesure que les lacets défilent.

Troisième checkpoint. Le plus dur serait-il passé ? C’est sans compter sur ce mur final qui est sur toutes les lèvres. À nouveau, la nature change. On voit revenir les vignes nimbées de l’or du soir et les tours du Hohlandsbourg si proches et si hautes à la fois. À gauche toute ! Pas de préliminaires, il reste 5 kilomètres mais le compteur indique 13%. L’équipe rassemble ses dernières forces et nous franchissons enfin les remparts. « It never get easier, you just go faster ». Que l’on soit premier ou dernier, la journée aura été rude pour tout le monde, les applaudissements n’auront jamais été aussi spontanés et sincères et il se pourrait que nos toasts résonnent encore en ces lieux historiques.

Par Foucauld, avec des photos de Jochen Hoops

Copy of Jochen Hoops - @here_are_wings-0631

ENGLISH VERSION

If the Vosges are the closest mountains from Paris, it doesn’t mean that the Parisians know them. However, it just takes 2h16 of TGV to see their natural harrow rising from the plains that surround Colmar. The Rapha Prestige was the occasion to pay homage to these bluish peaks. An edition for climbers that many underestimated to their expense…

Briefing is at 7am. For the no-motorized teams like l’Amicale Cycliste of which I am a part, it implies to climb at night for five kilometres. A wake-up more effective than a double-espresso! When we arrive, the day just gets up. The Castle of Hohlandsbourg offers a breath-taking view over the metropolitan area of Colmar. The mists lift the veil. Just a little further, it’s Germany. Our neighbours came to Canyon’s invitation or simply to compare their talents to the French mountains. A British team even came by car from London. Are the Vosges the place to be? With thirty quartets and a departure every two minutes, the last ones have time to admire the teams who have made the effort to present themselves on the line in harmony from caps to socks. Our turn comes at last.

The first kilometers cross the hillsides planted with recently harvested vineyards. The 2017 vintage looks promising. No one doubts it. Gradually we leave the crops for the forest. The Grand Hohnack’s gradients clean everything up. In the descent we catch up with team Mélange Prestigeux and ride with them to the foot of the Petit Ballon. One does not cheat with this pass where everyone is forced to be at his own pace. The road winds through the forest. The bitumen is bumpy. We progress blindly, our thoughts rhythmic by the tempo of our heart. At the farm du Ried, the alpine pastures offer a first respite. Nevertheless, it is time to make a last effort to reach the first checkpoint. First assessment: the race is no laughing matter and we have only 50 kilometres at the counters. What can we do next? The descent demands all our lucidity. This is where Alberto Contador fell and abandoned the Tour in 2014.

In the Platzerwasel pass, the teams are smashed into pieces. The Route des Crêtes brings them together for a nice reward and finally convinces them that the Vosges are real mountains! Frome here, one can see the Grand Ballon, their culminating point. The last ramp is unforgiving and the Mobile Clubhouse is like an apparition. Participants rush on the pretzels and do not hesitate long before taking a second one. Others even leave their bikes there for a more substantial lunch at the adjacent restaurant. The 20 kilometres downhill to come will give them time to digest. “Sledging is forbidden” warns the sign planted by the mayor. We laugh and recover as the laces scroll.

Third checkpoint. Would the hardest thing have happened? It is without counting on this final wall, which is on every lip. The nature changes again. We see the vineyards numbed with evening gold and the towers of Hohlandsbourg so close and so high at the same time. Full steam ahead! No preliminaries, it remains 5 kilometres but the gradient meter indicates 13%. The team gathers its last strength and we finally cross the ramparts. “It never get easier, you just go faster.” Whether one is first or last, the day has been tough for everyone, and applauses have never been so spontaneous and sincere. Our toasts might still resonate in these historic places.

By Foucauld with pictures by Jochen Hoops

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Un monde qui finissait

Friday, March 6, 2015

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“Je tenais dans mes bras cette femme, qu’est-ce qu’une femme, une chair qui va se flétrir, une peau, un satin, une voix qui murmurait à mon oreille, elle disait David, elle m’a nommé une deuxième fois, ce nom de roi que je porte et cet être de fange que je suis se sont accordés au long des nuits d’hiver parce qu’une voix de femme les prononçait. J’étais David parce qu’elle faisait rouler sous sa langue ce nom qu’elle consentait à lui, qu’elle me l’accordait, my David, nous avions connu cette étrange joie, cette tristesse violente d’un monde qui finissait. J’avais attendu en vain la certitude, j’avais cherché sans le savoir la lumière que donne l’existence d’un autre qui entraîne. Je vivais sans recours, d’être nommé et sans nom, et elle m’a appelé, elle m’a nommé David, nous étions l’heure arrêtée et l’autre qui ne viendra plus, mais il venait pourtant. J’ai toujours su que l’amour est une fable, une affaire intérieure, une affaire de police, je n’y crois pas, rien n’est réciproque, et surtout pas cela. Mais parfois les moules se brisent, les rivières remontent vers la source, l’heure sonne et ne sonne plus, et ce qui devait venir advient, l’amour devient amour parce qu’il est, il meurt, mais il est, jusqu’à la fin il est.”

Marc Lambron, L’œil du silence, Prix Femina 1993

(Photo : Lee Miller, inspiratrice du roman, photographiée par Man Ray)

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Tronçons épars

Tuesday, April 22, 2014

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“Comment, après ces pages qui sont naturalistes en apparence, mais qui expriment avant tout l’inquiétude surnaturelle propre à notre époque, comment oserai-je me promener seul dans la nuit de Paris ? Déjà, je trouve des tronçons épars de moi-même dans les divers quartiers de ma ville natale ; aussi afin d’éviter de procéder à un de ces inventaires sentimentaux, à un de ces bilans du corps et du cœur dont chacun sent la nécessité, au moins une fois l’an, à l’entrée du printemps, je préfère me réfugier avec vous sous les lumières de la ville ; évitons la solitude obscure, propice à la levée en masse de nos fantômes ; fuyons vers notre prochain ; fuyons-nous : les agglomérations urbaines n’ont pas d’autre raison d’être.”

Paul Morand, préface de “Paris la Nuit” de Brassaï, 1932.

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Tomodomo

Sunday, February 10, 2013

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Du Japon je ne connais que l’amour que lui porte François Simon, et les sushis de livraison, au parfum de charrettes. Enfermé sous les néons, j’aspire à une autre lumière. Tomodomo. Premières impressions sur le travail de Fred Lahache, revenu les poches alourdies de cartes mémoires exposées aux origines du soleil.
Les clartés qu’on y trouve sont comme filtrées par une fine couche de quelque chose. De la cire donc. Est-ce celle des temples ? Tel le maître cirier, le photographe est un artisan. Les images figent, il y reste un mouvement, celui des coulures. Lave douce et non rocheuse. Souple, malléable puis rigoureuse. Aux arts floraux et couleurs pastels vient s’ajouter une autre ponctuation. Des pieds en accents circonflexes et l’étrange parenthèse d’une biche perdue en ville. Poétique d’abord, puis dérangeante : que sont ces accrocs sur son pelage ? Ils viennent titiller le spectateur comme une graine de sésame logée entre deux dents, qui piquerait d’aphtes la langue avec laquelle vous tenteriez de la déloger.
Fred était là-bas, mais pas seul. Tandis qu’il faisait ses mises au point Lucie, sa douce, griffonnait. Il en résulte une exposition en duo, à la Galerie Madé du 48 rue de Lancry, 75010 Paris.

Par Foucauld

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Schoolgirl Complex

Wednesday, June 13, 2012

Les sentiments se concentraient, cherchant leur voie en profondeur, presque sans issue ; parfois un jeune homme qui avait l’air de s’être trompé de famille s’enivrait d’un livre.

Jacques Chardonne, Le Ciel dans la Fenêtre

Photo : Schoolgirl Complex par Aoyama Yuki, via

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The Wild Thing

Saturday, April 7, 2012

Charles Fréger a traversé l’Europe pour nous ramener un livre. Wilder Mann vient de paraître aux éditions Thames & Hudson. Deux grandes années auront été nécessaires pour réunir ce mélange d’ethnographie et de mode, où les hommes deviennent bêtes, jettent leur nom par terre et abandonnent toute forme d’identité. Un travail remarquable et comme le monsieur le dit sur son site : Go and get it.

Par Arnaud

 

 

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Amira Fritz – Wild Nothing

Friday, April 6, 2012

Wild Nothing est la dernière exposition d’Amira Fritz, invitée à Milan par Le Dictateur. D’une enfance passée à courir les forêts bavaroises, la photographe tire une obsession pour la végétation, qu’elle expose de manière systématique dans ses images, que ce soit des travaux personnels ou commandés. Pour réaliser ce grand rien sauvage, elle s’est enfermée des mois en Suisse, dans une grande chambre noire, unique méthode pour tirer manuellement ces grands aplats de matières. Chaque pièce est unique et porte en elle toute l’intransigeance de leur créatrice.

Par Arnaud

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Lucie & Simon, Silent World

Wednesday, March 21, 2012

C’est un grand jour, puisque Lucie & Simon présentent Silent World, le fruit de ces trois dernières années de travail. Est-ce le lendemain poétique d’une apocalypse ? Le fantasme de mégalopoles devenue paisibles où des survivants solitaires se promèneraient dans les vestiges intacts de la folie et du génie des hommes ?
La série d’une trentaine d’oeuvres est accompagnée d’un film de sept minutes où le spectateur est plongé dans ces lieux désertés. Le plein écran est recommandé, jusqu’à ce qu’ils daignent nous présenter ces tirages d’une moyenne de deux mètres de long en galerie… Que j’ai hâte !

Par Foucauld

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La collection permanente : Exhibition #2

Thursday, February 23, 2012

Si en ce moment je me lèche le doigt, ce n’est pas pour mieux tourner les pages à l’aide d’une technique colporteuse de microbes, mais parce qu’un feuillet pernicieux en a incisé la peau, ouvrant le cuir trop fin de mes mains. Un comble pour quelqu’un qui voulait se plonger dans le Leather Issue d’Exhibition.

Il y a un an, Edwin Sberro, Gaël Hugo et Boris Ovini nous avaient laissé avec les Lipsticks. Je revois la couverture, mais du rouge, aujourd’hui, je l’associe aux ongles vernis. J’en visualise un, plutôt long, courant le long d’une échine frémissante, dans un sens puis dans l’autre, comme on dessine sur du nubuck. Puis le jeu lasse, et l’on passe à d’autres cuirs. Grainé, glacé, pleine fleur ou vernis, chiné en friperie, percé comme un lobe, ou délicieusement fétichiste. Je pense aussi à la rétrospective d’Alexander McQueen au MET, à un cuir éternel retour aux sources, cuirasse idéale pour nous, mammifères sadiques que l’évolution a laissé roses et nus.

Ce cuir un peu écœurant à l’arrière des berlines, grinçant quand il est de mauvaise qualité, conteur d’histoires sur une paire de boots couturées… Plus tard dans la nuit, il enserre des muscles bandés, souligne des seins aux tétons dressés, mais au commencement il y a la matière. Il y a également l’artisan. Ceux d’Hermès ont confié leurs outils à l’objectif de Guido Mocafico.

Malgré la présence d’un texte sur Serge Lutens ou un entretien avec Olivier Saillard, Exhibition est avant tout un magazine pour l’image.

Cette révérence faites à l’image appelle un objet de grande taille et une impression irréprochable : un travail précis, qui commande le rythme de parution, annuel, et qui tranche avec la frénésie de la toile. Ces objets nous offrent du temps, le temps qu’il faut pour en jouir : aller les chercher, les transporter, les laisser reposer. Ensuite, un peu plus tard, il s’agit de trouver l’espace pour laisser se déployer ces deux grande ailes de 44 cm sur 33.

La pièce est extraite de son coffret, on la positionne, on l’ouvre et on y saute à pieds joints. On y croise Willy Vanderperre, Roxane Mesquida, Solve Sunsbo, Boris Ovini, entre autres. Les pages coulent, comme la substance noire de la série de Suzie Q et Léo Siboni, on traverse le tout et on se dit, sourire en coin, qu’internet est une des plus belles choses qui soit arrivée aux magazines.

La Conjuration

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(Exhibition est disponible chez Colette, en édition limitée)

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Portraits de boxeurs

Friday, December 2, 2011

Je feuilletais 78 boxers, le dernier ouvrage du photographe danois Nicolai Howalt. Bambins, ados acnéiques (pléonasme) et jeunes adultes amochés, tous ont posé avant et après le combat, dans les mêmes conditions. Têtes blondes ou finies à la pisse, au bord des larmes ou impassibles, ensanglantées ou à peine transpirantes, l’ensemble forme une série impressionnante, amusante, dérangeante mais captivante. Ce mélange de calme avant la tempête et de solitude d’après combat : on oublie les mères qui pleurent, les mauvais copains poussant aux excès, les entraîneurs paternalistes et les pères un peu cons. C’est la boxe, le plus dur et le plus incroyable des sports.
Voir la galerie.

Par Foucauld

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