The Wild Thing

Saturday, April 7, 2012

Charles Fréger a traversé l’Europe pour nous ramener un livre. Wilder Mann vient de paraître aux éditions Thames & Hudson. Deux grandes années auront été nécessaires pour réunir ce mélange d’ethnographie et de mode, où les hommes deviennent bêtes, jettent leur nom par terre et abandonnent toute forme d’identité. Un travail remarquable et comme le monsieur le dit sur son site : Go and get it.

Par Arnaud

 

 

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La collection permanente : Exhibition #2

Thursday, February 23, 2012

Si en ce moment je me lèche le doigt, ce n’est pas pour mieux tourner les pages à l’aide d’une technique colporteuse de microbes, mais parce qu’un feuillet pernicieux en a incisé la peau, ouvrant le cuir trop fin de mes mains. Un comble pour quelqu’un qui voulait se plonger dans le Leather Issue d’Exhibition.

Il y a un an, Edwin Sberro, Gaël Hugo et Boris Ovini nous avaient laissé avec les Lipsticks. Je revois la couverture, mais du rouge, aujourd’hui, je l’associe aux ongles vernis. J’en visualise un, plutôt long, courant le long d’une échine frémissante, dans un sens puis dans l’autre, comme on dessine sur du nubuck. Puis le jeu lasse, et l’on passe à d’autres cuirs. Grainé, glacé, pleine fleur ou vernis, chiné en friperie, percé comme un lobe, ou délicieusement fétichiste. Je pense aussi à la rétrospective d’Alexander McQueen au MET, à un cuir éternel retour aux sources, cuirasse idéale pour nous, mammifères sadiques que l’évolution a laissé roses et nus.

Ce cuir un peu écœurant à l’arrière des berlines, grinçant quand il est de mauvaise qualité, conteur d’histoires sur une paire de boots couturées… Plus tard dans la nuit, il enserre des muscles bandés, souligne des seins aux tétons dressés, mais au commencement il y a la matière. Il y a également l’artisan. Ceux d’Hermès ont confié leurs outils à l’objectif de Guido Mocafico.

Malgré la présence d’un texte sur Serge Lutens ou un entretien avec Olivier Saillard, Exhibition est avant tout un magazine pour l’image.

Cette révérence faites à l’image appelle un objet de grande taille et une impression irréprochable : un travail précis, qui commande le rythme de parution, annuel, et qui tranche avec la frénésie de la toile. Ces objets nous offrent du temps, le temps qu’il faut pour en jouir : aller les chercher, les transporter, les laisser reposer. Ensuite, un peu plus tard, il s’agit de trouver l’espace pour laisser se déployer ces deux grande ailes de 44 cm sur 33.

La pièce est extraite de son coffret, on la positionne, on l’ouvre et on y saute à pieds joints. On y croise Willy Vanderperre, Roxane Mesquida, Solve Sunsbo, Boris Ovini, entre autres. Les pages coulent, comme la substance noire de la série de Suzie Q et Léo Siboni, on traverse le tout et on se dit, sourire en coin, qu’internet est une des plus belles choses qui soit arrivée aux magazines.

La Conjuration

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(Exhibition est disponible chez Colette, en édition limitée)

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How to be a man

Sunday, October 16, 2011

Je sais cuire un œuf, des pâtes et réchauffer de la soupe. J’ai entrepris de passer à l’étape (pas trop) supérieure : me faire des harengs pommes à l’huile. Échec plutôt cuisant. Malgré les arêtes qui venaient se coincer dans ma gorge ou entre mes dents, je me suis forcé à finir, j’ai été bien élevé. Si cuisiner s’apprend, être un homme également ? J’ai entamé la lecture du How to be a man de Glenn O’Brien que j’avais acheté à New York au mois de mai. Depuis, il décorait ma bibliothèque, ce qui n’est pas un emploi décent pour un livre. Comme je ne cessais de me racler la gorge à cause des arêtes, je me suis servi un petit calva pour les faire fondre et taper l’extrait suivant : « The last forty or fifty bareheaded years are historical aberration. » Il était temps de dévier le tir. Après l’été indien, voici l’automne parisien. J’ai coiffé ma Muirfield de Lock & Co, posé le derrière sur ma Rolls de San Marco et pédalé jusqu’au drugstore pour acquérir le double corona de Saint Luis Rey dont j’avais la nostalgie. Ce n’est pas parce qu’on travaille le dimanche que l’on doit rester sain !

Par Foucauld

(Photo : Luc Roux)

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Savage Beauty

Saturday, May 14, 2011

McQ.1650a–d.EL

Au détour d’un couloir du MET, le public s’amasse, se penche vers un grand cube noir percé de meurtrières horizontales. Je m’immisce et découvre une pyramide de verre où se meut comme une étoile. La forme grossit, se précise, volutes de tissus qu’on devine d’organza. Kate Moss y est transcendée, d’une beauté à éclater en sanglots. Servie par le Thème de la Liste de Schindler, on se demande comment telle création pourrait ne pas être éternelle.

En faisant revivre des matières qui furent un jour vivantes, Alexander McQueen dépasse sa morbidité. « It’s Only a Game » dit à juste titre cette robe de cuir et crins, moulant à la perfection le corps féminin. Il y a également une merveille de balsa perforé, aux fines attaches cloutées. Face à cet oiseau, je pense aux clavicules de jolies demoiselles, en mouvement sous leur peau, comme prêtes à actionner les ailes qui les mettraient à l’abri au moindre bruit.

Par Foucauld.

Cela rend très mal en vidéo, mais voici la version "live" de l'hologramme :

Et la version plus précise, mais sans la bonne musique :

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La mesure

Friday, April 8, 2011

Blog.freshjive.com:tag:father-yod:

Dans sa forme actuelle, la chemise est un élément essentiel du vestiaire masculin depuis la fin du XIXe siècle. Nonobstant, votre serviteur ne peut trouver à se vêtir, et cela n’a rien à voir avec quelques maniaqueries ou folie des grandeurs. En prêt à porter, la taille d’une chemise correspond à la taille du cou. Celle-ci commence en 37, mais je ne vais pas au-delà du 36… Que je me rende chez un chemisier bas de gamme de la rue de Turenne, suive le Prince Charles chez Turnbull & Asser sur Jermyn Street ou imite Lagerfeld qui accorde ses faveurs à Hilditch & Key depuis l’enfance, aucun rayon ne dispose d’une liquette à ma mesure. Pourtant, mes désirs sont des plus simples : fil-à-fil bleu ciel, col français, poignets simples avec extrémités arrondies, pas de poche et coupe cintrée. Un modèle que l’on trouve partout, mais pas pour moi.
En passant devant leur boutique rénovée de la place de la Madeleine, j’ai découvert qu’Alain Figaret avait lancé un service de mesure. Allais-je finir par trouver mon bonheur ? Je suis entré, on m’a désigné le sous-sol et je me suis renseigné sur le prix de la chemise qui me conviendrait : à peine plus que chez A.P.C ou tout autre pseudo créateur briguant une gentille intemporalité. J’ai clamé ma joie, mais, des paroles aux actes, il s’est écoulé quelques mois. C’est seulement aujourd’hui que j’ai franchi le cap.
On m’a prié de m’asseoir et l’on m’a écouté. Les tissus me furent présentés. Nous les avons comparés et commentés, puis j’ai arrêté mon choix à mon projet initial : un fil-à-fil bleu en coton d’Egypte double retors. On a mesuré mon encolure, mon torse et ma taille. J’ai essayé une première base, puis une seconde. Sur cette dernière, nous avons essayé diverses modifications à l’aide d’épingles. Un centimètre de manche en moins, deux en largeur et deux autres ôtés à la longueur de la chemise. Je me suis rassis et j’ai choisi mon col, mes poignets et mes boutons. Il fut décidé qu’il n’y aurait pas de plis d’aisances, que les baleines seraient intégrées et que la gorge serait simple, sans surpiqûre dites « américaines ». J’ai décliné le service de broderie pour ne pas avoir l’impression de porter du Yves Dorsey, puis je suis passé à la caisse. Poignée de main de rigueur et livraison dans deux semaines. Amen.

Par Foucauld

(Photo)

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Gentrification

Monday, March 14, 2011

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Qu'on me vire cette greluche du Mars Bar, qu'on m'éteigne le soleil et qu'on me serve quelque chose de fort, n'importe quoi, que je puisse trinquer avec mes souvenirs, croire qu'il reste un peu de saleté dans Manhattan.

Par Foucauld

(Photo & vidéo : Taylor Warren par Jason Lee Parry pour NO Magazine)

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Les skateurs n’ont besoin de personne en Harley Davidson…

Monday, July 26, 2010

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Dès 2006, Emerica lançait son « Wild Ride » et faisait enfourcher de grosses bécanes à sa clique de pro-skateurs pour promouvoir leur collection de souliers, de park en park, à travers les États-Unis. Nous connaissions également le légendaire Max Schaaf et son atelier de custom' 4Q Conditioning. Plus tard, ce furent Leo Romero et Heath Kirchart qui conduisaient à une vitesse légale le nouveau Sportster de Harley Davidson, buvant des canettes sans marques et jouant au billard avec des mannequins aux cerveaux absents. Récemment, il y eut le Doin’ it Baja, trip mexicain diffusé sur Vice.tv, et je dois oublier bien des cas similaires.

Ce lien entre bécane et planche à roulettes ne pouvait indéfiniment rester inconnu du New York Times. L’invasion des tatouages, barbes, cheveux longs et jeans étriqués chez les skateurs a bien évidemment aidé ce rapprochement, mais pas seulement. On retrouve chez les deux parties une même obsession de la liberté, une imagerie forte, et surtout ce goût du minimalisme : rien que ma planche/moto et le monde s’ouvre à moi.
Un article très intéressant, donc, et des liens qui valent le coup d’être mirés.

Par Foucauld

(Photo : Heath Kirchart par Jon Humphries)

Le Emerica Wild Ride :

La pub pour le Sportster Harley Davidson :

Le premier épisode de Doin' it Baja :

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Cutler and Gross

Tuesday, May 4, 2010

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La première fois que j’ai entendu, ou plutôt lu le nom Cutler and Gross, c’était il y a quelques années dans une interview de Jarvis Cocker pour Rendez-Vous. On lui demandait d’où venaient ses lunettes et il avait parlé de ces deux patronymes évocateurs d’acétate de qualité. Je m’étais promis de m’y rendre un jour, et ce jour vint.

Débaroulant en skateboard sur Knightsbridge avec les gars de PMC, nous finîmes par trouver Knightsbridge Green, minuscule passage abritant le flagship de Cutler and Gross. Dérapage sur le tail. J’entre dans la boutique. Ce n’est pas très grand. À gauche les solaires, à droite les modèles de vue. Une jolie vendeuse un peu plump (mon adjectif anglais favori) est accaparée par une milf. J’essaie donc seul.

Il n’y a rien de pire que de changer de lunettes. Vous arrivez plein d’assurance, persuadé de trouver votre bonheur, de dénicher au premier coup d’œil les besicles qui vous rendront beau, de mettre la main sur la paire qu’on associera à votre personnalité à la manière d’un Woody Allen ou Terry Richardson, puis le concret vient chambouler vos projets. Vous ôtez votre ancienne paire, essayez un modèle dont le design vous séduit mais il se mue en immondice sur votre visage. Vous réitérez l’expérience. Ça ne va toujours pas. Vous remettez votre ancienne paire qui à son tour vous paraît hideuse. Vous commencez à suer, à devenir tout rouge. Le reflet du miroir vous montre ridé, chauve, dégouttant. Le moral est au plus bas. La confiance en soi ? Un lointain souvenir. Vous réessayez toutes les paires. Une fois, deux fois, trois fois. Vos amis en ont ras le bol. Ils décident d’attendre au pub d’en face. Vous les suppliez de n’en rien faire, de vous assister. Puissent leurs avis vous éclairer, mais ils diffèrent. Dans votre Barbour, c’est l’étuve.

Vous revenez dépité dans la boutique et piquez un fard devant les yeux bleus de la vendeuse. Elle vous observait du coin de l’œil depuis le temps que vous hésitiez. Son choix est arrêté depuis longtemps. Ce sont celles-ci qu’il vous faut. Non, non, certainement pas celles-là. Si, si, je vous assure, elles sont faites pour vous.

Coup d’œil vers la vitrine. Tirant sur leur quinzième mégot, vos amis montrent le pouce en signe d’approbation. Vous réessayez une dernière fois l’ancienne paire. Du passé faisons table rase, vous passez en caisse sans même jeter un œil au montant. La vendeuse vous tend l’écrin d’écaille. Vous la regardez dans les yeux et levez le poing en disant « P.A.S.S.I.O.N ». Vos amis vous immortalisent puis vous piquent le précieux paquet et jouent aux voleurs à la tire. Vous sautez sur votre skate et vous cruisez, cruisez, cruisez à leur poursuite, jusque St James’s street

Par Foucauld

(Photo : Terry Richardson et Mark Gonzales échangeant leurs lunettes)

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C’est le printemps, BAPE s’inspire de La Conjuration

Thursday, March 18, 2010

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Nigo, le fondateur de BAPE, doit être un lecteur de La Conjuration car il semble s’inspirer du goût certain de ses créateurs pour les vénérables maisons et les produits de qualité. Quittant ses usines d’immondes sneakers, il a suivi mes traces jusqu’au 6 St. James’s Street et rendu visite aux charmantes dames de Lock & Co. Se croyant plus malin que le chapelier quadricentenaire et notre petit blog parisien, il n’a pu s’empêcher de collaborer pour créer quelques modèles exclusifs qui s’avèrent hideux. On les croirait confectionné en polaire et la doublure camouflage me donne envie de rendre ma fougasse du déjeuner. Qu’il retourne à ses New Era, ça lui apprendra !

Plus réjouissant, le retour des beaux jours a signé celui des terrasses en simple veste, Open Master de Montecristo calé dans le bec. Hosanna !

Par Foucauld

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Church’s English Shoes

Wednesday, February 24, 2010

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On peut dire de Church's qu'ils ne font plus que des pompes de vieux, il demeure fascinant de voir leur processus de fabrication, du choix des peausseries au marquage de l'enseigne sur la semelle. Une belle vidéo du Très Bien Shop avec, malheureusement, une abominable rengaine.

Par Foucauld

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