Les Hussards de la route

Friday, July 11, 2014

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Six heure. La douche tente de me réveiller. Je pense sans raison particulière à cet extrait du Hussard Bleu de Roger Nimier que j’avais noté il y a plusieurs années : « Je déteste à l’avance ces dix ou douze personnages que je me prépare à jouer, l’un après l’autre, dans l’avenir. » Pour une fois, j’ai le sentiment que je ne joue aucun personnage mais bien de retrouver ce qui fait mon essence. Quand l’après-guerre encensait une littérature engagée, les Hussards s’attelaient à une littérature pour la littérature, sans la sacrifier à la politique. Aujourd’hui, à l’heure de la performance, de Strava, des cardiofréquencemètres amateurs, nous faisons du vélo pour le vélo, par amour du cyclisme, de l’aventure, du récit. Sommes-nous Les Hussards de la route ?
En quittant Paris, nous passons un pont que borde une rangée de caravanes crasseuses. Derrière la rambarde, trois gitans nous regardent puis nous sifflent. A chaque périple, nous croisons ces gens du voyage, comme s’ils devaient marquer quelque chose. Le symbole d’une vie en marge, le signal que nous quittons la ville, entrons dans l’inconnu, l’aventure.
Le long d’une nationale, le souffle des poids-lourds n’atteint pas notre volonté. Je serre les dents, prie la Sainte Vierge, et augmente la cadence jusqu’à la prochaine sortie. Le brouillard nous enveloppe. L’hiver fait de la résistance, tient à nous indiquer que nous passons au Nord. Tels des cow-boys, nous prenons les bourgs. C’est du moins la sensation que nous avons en franchissant les panneaux qui marquent l’entrée des villes fleuries. Le lycra et le mérinos coloré tranchent avec la mise propre et repassée des citadins que nous croisons. La sueur et la poussière du chemin nous rendent arrogants. Nous sommes Clint Eastwood sorti de ses hautes plaines. D’ordinaire civilisés, nous faisons scintiller nos canines lorsque nous croisons les croupes rebondies des beautés locales. Un peu plus et nous nous arrogerions un droit de cuissage, oublieux de nos tenues moulantes qui, une fois les cales posées sur le bitume, ont perdues bien du panache.
Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? Cela a tout juste un peu plus de sens que de s’arrêter ou de rebrousser chemin. Le goût de l’anecdote, l’humour et l’optimisme nous font prendre les galères pour une couche de vernis sur notre légende personnelle. Au fil des kilomètres, nos yeux s’aiguisent, immortalisent ces panneaux décalés, ces contrastes que nous ne pouvons continuellement photographier. Alors nous imprimons sur nos rétines ce que nous raconterons autour d’une bière, ou sur le papier ligné d’un carnet de poche. Laurent Laporte casse sa pédale à 10km de Bruges, et franchit la porte fortifiée en pédalant d’une jambe ? C’est une tournée d’Akerbeltz votée à l’unanimité de nos amis pour le plaisir de l’entendre raconter l’histoire.
Franchir les portes de Bruges donc, y errer parmi les touristes, rebrousser les sens interdits, et puis échouer dans les courants d’air d’une terrasse pour y entrechoquer deux pintes qui valent toutes les médailles d’or. Le soir tombe, le temps ne laisse plus de place à l’erreur. Il faut se restaurer. Mais où ? Ce sera Breydel de Coninc. Une table nous est réservée à l’étage, nous nous y installons dans nos maillots Rapha, commandons une Westmalle Brune, des scampi’s et deux homards sans un regard pour le prix, avec une spontanéité qui nous étonne encore. Le plat est délicieux, cela ne fait aucun doute, mais seule la situation s’inscrit dans ma mémoire. L’allure de banquet pantagruélique est accentuée par tout l’attirail nécessaire à la dégustation du homard : bavoirs, pinces, piques et saladiers, auxquels s’ajoutent de nouvelles bières. Dans l’assiette, la bête est disséquée, fendue comme nos sourires. Les fourchettes dardent ces chairs blanches baignées de beurre et les pinces éclatent sous les mâchoires du casse-noix. Nous nous gorgeons de leur contenu avec la réjouissante paillardise des sujets de Bruegel l’Ancien. Heureusement que le lycra est une matière élastique.
Gonflés, saouls, repus, la réalité s’abat sur nous comme la nuit sur les canaux. Nous retraversons ces derniers en direction d’une auberge extérieure. Nous errons au chant des crapauds, balayant de nos phares une rue que bordent des chantiers sans fin. Les kilomètres défilent. Toujours rien. Laurent trouble une inquiétante réunion qui a lieu dans un cabanon. Dieu merci, ces conspirateurs flamands ne sortent nul coutelas mais nous confortent sur notre route. Il est près de minuit. Ce qui ressemble à notre motel n’est que porte close depuis plusieurs heures. Quelqu’un se roule une cigarette en regardant la nuit sur le canal. Grâce à ce bon samaritain aux airs de péril jeune nous entrons dans l’auberge avec nos vélos et volons une paire de draps pour nous en servir de serviette éponge. Douchés, nous ressortons sur la terrasse et dégotons un distributeur de Duvel. Le sommeil nous cueille. La crève sonnera le réveil.
Sans un regard en arrière, nous traversons les polders avec l’allure de retraités. Dans nos roues, un petit lapin détale. Nous l’imaginons annoncer à ses pairs : « c’est le Redingote-Express ! C’est le Redingote-Express ! » et nous franchissons notre seconde frontière en trois jours, photo à l’appui. A quoi ressemblera Sluis ? Nous sommes partis sans même nous poser la question. Est-ce une ZAC ? Une sorte de Disneyland de la braderie ? Le temple de la débauche et du divertissement criard ? Rien de tout cela. Ce mignon petit village borde une rivière, les vieux s’y promènent en amoureux et les enfants courent sur les pavés, rappelés à l’ordre par leurs parents en Ralph Lauren rose ou vert tendre. Nous empruntons une rue pittoresque et nous arrêtons devant Frans Boone qui vient d’ouvrir. Depuis l’intérieur, il devine que nous sommes les deux cyclistes parisiens qui lui ont envoyé un mail trois jours avant. Dans son arrière-boutique, Laurent devient littéralement fou. Je suis plutôt amusé de découvrir cet univers dont je ne connais que les grandes lignes. Je passe des costumes de tweed par dessus mon maillot rose et mon cuissard, plonge mes mains tâchées de cambouis dans des mérinos John Smedley et des cachemires Aspesi, essaye d’imaginer l’effet d’une pochette Cucinelli malgré l’absence de poche de mon jersey. J’ai fait 400 bornes pour le prétexte d’un costume italien dont le fabriquant m’était inconnu une semaine avant. Pourquoi avoir tracé droit vers le Nord ? Pour l’illusion d’y trouver un produit dont je n’ai pas l’usage concret, le besoin, ou même le réel désir ? L’idée d’essayer de riches lainages sans avoir débotté mes Mavic à semelles de carbone depuis trois jours me paraissait suffisante. Après tout, cela vaut bien la pointe d’un couteau sur une carte routière, un doigt pointé au hasard d’une mappemonde.

Par Foucauld

(Ce texte a été écrit pour le blog du Redingote-Express, après être parti à vélo pour les Pays Bas en compagnie de Laurent Laporte de Where is the Cool ?)

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Chez Denise

Sunday, March 11, 2012

À un godelureau qui cherchait à se remplir la panse à quatre heures du matin, j’indiquais le chemin de Chez Denise. Il n’eut pas l’air satisfait de ma réponse et je devinais qu’il eut préféré un kebab. Mesquin, j’ai joué la carte du mauvais esprit et nié l’existence de ce type d’établissement dans le quartier des Halles. Qu’il dorme le ventre creux m’importait peu, puisque j’allais me taper une daube de joue de bœuf dans ce restaurant historique où la nourriture est une affaire sérieuse et le Brouilly servi au litre.

Par Foucauld

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La tarte

Monday, December 5, 2011

Quatorze heure, je sors de la Poste où j’expédiais quelques Passion vers des contrées éloignées. La perspective d’un macabre déjeuner avec les pixels morts de mon écran me soulève le cœur. J’entre au Bistrot des Halles et commande distraitement le casse-croûte du jour : salade, tomate, brie de Meaux, poivre, noix, filet d’huile d’olive et jambon auvergnat.
- Qu’est-ce que vous buvez ?
- Ce qui irait le mieux, vous faites à votre idée.
- Vin du jour, pinot noir.
Grand verre, belle robe pourpre, la première gorgée me rend heureux et je mastique de plus belle. La bouteille traîne sur le zinc, je la tourne pour mieux lire l’étiquette. Elle vient de chez André Dussourt, cuvée 2005. Une merveille. Comment ai-je pu avoir la velléité d’arrêter de boire un lundi ?
Mon voisin de comptoir apporte le dernier exemplaire de la revue Gault & Millau et la commente avec le patron, en sirotant une coupe. Je lève le nez vers les ardoises et imagine quel serait mon prochain sandwich : l’Espagnol ? Le Corse ? Tout à coup, je reste comme pétrifié : une énorme tarte au citron, un truc pour livres d’images. La fraction citronnée est haute comme une tarte ordinaire. Il en va de même pour la partie molle de la meringue et pour le faîte croustillant. Je retourne à mon casse-croûte pour me calmer puis demande gentiment une part de ce monument. C’est aussi bon que beau, je n’en reviens pas ; l’histoire d’un sandwich, d’un verre de pif et d’une part de tarte qui constituèrent mon meilleur repas de l’année (pas de photo, je finirais par me prendre pour un blogueur influent…).

Par Foucauld

PS : j’ai fait une petite playlist pour Passion.

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How to be a man

Sunday, October 16, 2011

Je sais cuire un œuf, des pâtes et réchauffer de la soupe. J’ai entrepris de passer à l’étape (pas trop) supérieure : me faire des harengs pommes à l’huile. Échec plutôt cuisant. Malgré les arêtes qui venaient se coincer dans ma gorge ou entre mes dents, je me suis forcé à finir, j’ai été bien élevé. Si cuisiner s’apprend, être un homme également ? J’ai entamé la lecture du How to be a man de Glenn O’Brien que j’avais acheté à New York au mois de mai. Depuis, il décorait ma bibliothèque, ce qui n’est pas un emploi décent pour un livre. Comme je ne cessais de me racler la gorge à cause des arêtes, je me suis servi un petit calva pour les faire fondre et taper l’extrait suivant : « The last forty or fifty bareheaded years are historical aberration. » Il était temps de dévier le tir. Après l’été indien, voici l’automne parisien. J’ai coiffé ma Muirfield de Lock & Co, posé le derrière sur ma Rolls de San Marco et pédalé jusqu’au drugstore pour acquérir le double corona de Saint Luis Rey dont j’avais la nostalgie. Ce n’est pas parce qu’on travaille le dimanche que l’on doit rester sain !

Par Foucauld

(Photo : Luc Roux)

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Irène Erotic Fanzine

Friday, June 3, 2011

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Il y a longtemps, un anonyme avait commenté la Conjuration en me conseillant vivement de laisser tomber les critiques gastronomiques au profit du skateboard. J’avais sagement suivi ses recommandations, mais aujourd’hui, je suis désemparé. En effet, que faire lorsque vous êtes invité au dîner d’Irène Erotic Fanzine ? Passer à la trappe le somptueux menu spécialement conçu pour l’occasion par un chef londonien ? Oublier les soupes froides de betterave au gingembre et à la cannelle ? Expédier aux oubliettes le magret de canard, son foie gras poêlé, sa purée à la vanille et sa sauce miel et cerises ? Quelle injustice ! Surtout que la soupe était accompagnée de pain d’épices et qu’une panacotta aux accords d’orange était servie en dessert…
Déguster est une chose importante, mais nous étions conviés pour échanger. Il y avait là de hautes sphères graphiques, ces messieurs du Collectif 5.6, des demoiselles oeuvrant dans la lingerie, d’autres dans l’histoire de l’art et même une propriétaire de cocker non castré amateur de mort au rat. Un curieux mélange qui finit par communier à grand renfort de vin rouge. Les phantasmes de Reiser furent évoqués, tout comme les souvenirs d’enfance, les graffitis polissons, la paranoïa de certains modèles, les lapins posés au Champollion, les poèmes d’Henri Cantel, l’art de la feuille de rose… Rien n’est plus semblable à un cul qu’un autre cul. Mais comme dit Marielle : « Quelle génie il faut pour peindre ça ! ». À vous, blasés, retrouvez les joies des rayonnages interdits, des illustrés polissons mal cachés par votre père, « l’enfer » de sa bibliothèque. Isolez-vous, sentez-vous délicieusement coupables et feuilletez Irène. Le prochain numéro arrive bientôt et vos draps s’en souviendront

Par Foucauld

Pour lire Irène en ligne

Pour devenir fan.

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La Cène des voyous

Friday, August 14, 2009

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Je sors d'un déjeuner agréablement copieux et je me demande de quoi mon dernier repas sera fait. La question s'est lourdement imposée aux locataires des fameux "couloirs de la mort" amérloques. Celia A. Shapiro s'est mise en branle pour recomposer, à partir des rapports de police, les derniers repas des condamné. On notera la variété des commandes et on tentera d'imaginer la tronche d'un tueur en série qui commande deux boîtes de Frosties en guise de dernier amuse-gueule.

Par Arnaud

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Scanwiches

Monday, March 23, 2009

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Lorsque l’on souhaite profiter du beau temps sans négliger le boulot, il faut faire des concessions et c’est La Conjuration qui en pâtit. Je n’avais pas le courage de sacrifier mon plein de vitamine D sur le spot ensoleillé que sont les blocs d’Austerlitz au profit de l’engraissement du blog. Pour me rattraper, j’ai dégotté de quoi vous rassasier : un type a eu la riche idée de scanner tous ses sandwiches du déjeuner et de les poster sur son blog : Scanwiches. Quand on connaît la structure et la densité des sandwiches des lunches américains, on s’étonne que personne n’ait eu la même idée plus tôt. J’ignore si les compositions sont étudiées ou hasardeuses mais le résultat est aussi élégant qu’appétissant. Dommage que nos entrecôtes béarnaises et nos bavettes Rossini soient trop plates pour faire la même chose…

Par Foucauld

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Le Bistrot Paul Bert

Friday, March 6, 2009

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Il y a quelques années, la reine mère a parié que j’arrêterai le skate avant mes vingt ans. J’en ai vingt-deux. Elle a perdu. Nous nous sommes rendu au Paul Bert pour qu’elle paye son dû. Menu à 34 euros. Nous débutons par une salade de tête de seiche aux poivrons grillés. Les deux se marient à merveilles, tendres et fermes à la fois. Les poivrons apportent ce brin de sucré qui fait la différence. Je sauce jusqu’à la dernière goutte d’huile d’olive et me console avec un verre de Coteaux du Jura.
Entre les plats, je regarde mon entourage. Des Anglais avertis, une famille tapageuse encadrant un fils gras et pétuneur de Marlboro Light (il le fait savoir) et des gens sans âges. Les messieurs portent la barbe mais pas à notre manière. Il ne s’agit pas de la barbe de jeune cul souhaitant arborer sa virilité balbutiante mais plutôt une barbe de seconde vague. Une barbe d’âge intermédiaire. Une barbe de nouvelle jeunesse ou de compensation de la calvitie. À gerber. Je préfère me concentrer sur ce qui arrive : des Saint-Jacques à la coque et un genre de petit plat en fonte. Je suis un peu déçu. Sous ce titre ronflant se cache en fait des Saint-Jacques cuites dans leurs coquilles et servies telles quelles. C’est simple et bon mais j’avais pris ce plat, séduit par son titre, en espérant entrer dans l’innovation. Tant pis. Les Saint-Jacques restent excellentes. Belles, grosses, fermes et parfumées, je m’en repais en raclant jusqu’aux filandres beurrées. Le plat en fonte contient de la purée de pomme de terre. Banal, tiédasse et un peu fade. Décevant.
En revanche, les desserts sont une bonne surprise. Le Paul Bert considère à juste titre qu’ils doivent être autre choses qu’une bouchée sucrée permettant de finir sur une autre note que l’échalote ou le roquefort. Ils font parties intégrantes du repas. De vrais plats, larges et rassasiants. J’opte pour un baba au rhum façon savarin, large comme une roue de camion. On m’apporte une bouteille de rhum si la quantité d’alcool ne suffit pas. Ça ira. J’attaque. Pas mal du tout. Une crème chantilly subtilement parfumée et quelques pépites de fruits secs agrémentent le tout. C’est bon mais dans ce format cela devient vite monotone. J’échange avec ma voisine et hérite de son soufflet au chocolat et basilic. Aérien et fondant à la fois. Parfait. Je peux mourir heureux.
Il faut que je retourne au Paul Bert, non pas pour dîner bien que celui-ci fut plaisant, mais pour déjeuner. En effet, ils ont un menu à 18€ entrée, plat, dessert qui change tous les jours et à l’air hallucinant au niveau gustatif comme au rapport qualité / prix. Je vous raconterai…

Par Foucauld

Le Bistrot Paul Bert
18, rue Paul-Bert
75011 PARIS
Tel. 01 43 72 24 01
Metro Faidherbe – Chaligny

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Café Burq

Friday, November 7, 2008

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(Photo : Amy Stein)

Jeudi soir : changement de ghetto ! Sous prétexte d’un rendez-vous, je quitte le XIe pour Pigalle puis grimpe les ruelles qui mènent jusqu’au Café Burq. Mes interlocuteurs sont déjà là et se remettent d’un passage express à Bruxelles avec quelques mojitos. Je les imite car on les dit très bons puis nous passons à table. L’instant et crucial. Je m’apprête à tester la motivation secrète de ma venue : le camembert rôti au miel. Salivant à outrance, je tripotte nerveusement mes couverts et le voilà qui arrive ! Servi dans sa boîte, accompagné de roquette et de pignons, je le contemple un instant, plonge ma main dans la corbeille à pain et pourfend la bête. La croûte révèle un cœur onctueux que je tartine en y ajoutant le miel qui se cristallise. Le mariage avec la roquette est somptueux. J’aimerais lui reprocher le fait qu’il n’était pas assez fait mais ma voisine me houspille, déclarant que ma passion pour les camemberts en fin de vie est plus un vice qu’un goût. Comme elle est jolie et que je suis faible, je nuance mon propos et me contenterai de dire : « «bien que truculent par sa description, ce camembert a ôté ses gros sabots sans renier son âme paysanne. »
Le cadre de qualité prête à des discussions qui le sont tout autant. Nous rebondissons sur les projets ; arrondissons certains angles trop aiguisés, polissons l’ensemble et attendons avec impatience le moment de les voir éclore. Les envies ont du bon mais le concret l’est bien mieux. Il s’agit de joues de porc à la crème et aux herbes. Je plonge dans l’inconnu et le trouve aussi suave que goûtu. Le plat pourrait être un peu plus chaud. Du coup, je le dévore avant qu’il ne soit trop tard, avec une gourmandise certaine. De surcroît, nous buvions un vin de pays de la principauté d’Orange, récolté en 2005. Rapeux et fruité, il complétait bien ces plats crémeux et fondants. Union réussie, sans trop de chichis.
En guise de voyage de noce, je pars du côté des lasagnes pommes/coing/orange en dessert. Plus de craquant eut été souhaitable. L’épouse ayant bien travaillé durant les deux premières parties, nous lui pardonnerons cette faiblesse.
Les obligations nous empêchent de profiter d’un digestif. Ce n’est pas si grave, je le boirais en imagination, levant mon verre à la santé d’un Tigre de Papier.

Par Foucauld

Café Burq, 6, rue Burq 75018 / Tel. 01 42 52 81 27

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Le Petit Lyon

Thursday, November 6, 2008

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(Photo : Maciek Pozoga)

Les rendez-vous du déjeuner ont toujours un parfum particulier. Débarrassés des convenances du soir, ils offrent avec bonhomie leurs mets de cantine. Pas de chichis, ici on s’occupe de qualité. C’est sur cette courte analyse que Quentin et moi apportons nos appétits au Petit Lyon, un sympathique restaurant de la rue de Vintimille, dans le nord du IXe arrondissement.
Accueil de qualité. Un pot lyonnais (bouteille de 46cl de vin rouge) arrive illico avec son saucisson, histoire de lui laisser le temps de s’accommoder à la température ambiante. Nous passons commande, sifflons un premier verre et les ravioles de Lyon au chaource arrivent comme une bénédiction. Parfumées, nourrissantes, admirablement persillées ; ajoutez-y une gorgée de vin et vos pommettes rosissent de béatitude. L’assiette est rendue saucée, ce qui est la moindre des choses.
Quentin et moi échangeons quelques propos en attendant nos pavés de cœurs de rumstecks sauce Rossini. Cependant, notre amitié a trop de respect pour la tortore et lorsqu’ils arrivent, nous nous taisons. La viande est tendre et saignante, la sauce l’enrobe d’une certaine suavité, les pommes de terres fondent dans leurs robes délicatement dorées et les haricots verts apportent un soupçon de bonne conscience. Quentin pousse le bouchon jusqu’à demander un second pot de sauce qu’il torche jusqu’à la dernière goutte à grand renfort de pain.
En sortant, nous tapotons nos ventres gonflés, qui, malgré nos sneakers et nos bobines juvéniles, nous donnent des airs de notables de province.
Quentin déclare : « Tout de même, on est jeunes, on est beaux, on aime la vie, j’comprend pas, on devrait avoir toutes les femmes à nos pieds. »
« Ça doit être à cause de l’ail dans les haricots verts… »

Par Foucauld

Le Petit Lyon, 24 rue de Vintimille 75009 Paris / Tel. 01.45.26.31.19

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