Les bonnes choses arrivent souvent en bande. Demain nous célébrons PASSION, le demi-frère nouveau-né de la Conjuration. Le jour suivant, je vous invite à venir regarder quelques tirages de la série Babayaga, qui seront exposés chez Anne de Villepoix, dans le cadre de l’exposition collective Résonance / Dissonance. C’est ce jeudi, partir de 18h et jusqu’à 22h, au 43 rue de Montmorency. On prend les mêmes et on recommence.
Je sais cuire un œuf, des pâtes et réchauffer de la soupe. J’ai entrepris de passer à l’étape (pas trop) supérieure : me faire des harengs pommes à l’huile. Échec plutôt cuisant. Malgré les arêtes qui venaient se coincer dans ma gorge ou entre mes dents, je me suis forcé à finir, j’ai été bien élevé. Si cuisiner s’apprend, être un homme également ? J’ai entamé la lecture du How to be a man de Glenn O’Brien que j’avais acheté à New York au mois de mai. Depuis, il décorait ma bibliothèque, ce qui n’est pas un emploi décent pour un livre. Comme je ne cessais de me racler la gorge à cause des arêtes, je me suis servi un petit calva pour les faire fondre et taper l’extrait suivant : « The last forty or fifty bareheaded years are historical aberration. » Il était temps de dévier le tir. Après l’été indien, voici l’automne parisien. J’ai coiffé ma Muirfield de Lock & Co, posé le derrière sur ma Rolls de San Marco et pédalé jusqu’au drugstore pour acquérir le double corona de Saint Luis Rey dont j’avais la nostalgie. Ce n’est pas parce qu’on travaille le dimanche que l’on doit rester sain !
« Ce sont viscéralement des nostalgiques d’un monde qui n’a jamais existé, d’un panache fantasmé, d’amour exalté et d’une quête de liberté impossible. Ils ont en eux une mélancolie qui les pousse à se lancer dans les combats perdus d’avance, les batailles inutiles, les amitiés frauduleuses enfin ils ont le farouche désir de gaspiller leur vie, de consumer leur talent et qu’il explose à la face du monde avec fracas. »
J’ai dégotté ce passage dans « Qui sont les hussards ? », un article de Thomas Morales paru dans le Service Littéraire de cet été. Les combats ne sont perdus d’avance que pour ceux qui ont déjà combattu. Passion sort mercredi 19 : venez transformer mes illusions en essais, c’est à 19h chez Dominique F, un sympathique troquet du 23 rue Danielle Casanova, dans le Ier arrondissement. L’établissement a obtenu la coupe du meilleur pot et les pintes sont à 5€, ce qui permet de mal finir, sans se priver d’acheter la revue… L’event.
« Nous étions les guépards, les lions ; ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes. Et tous tant que nous sommes, guépards, lions, chacals, brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre.»
J’ai enfin visionné Le Guépard de Visconti… Plus de temps pour les regrets, ni pour la médiocrité ! Puisque il s’agit de relever cette grande soupe qu’est la vie, voici Proust : « la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre ». Je suis nerveux, je suis lamentable, magnifique non, imparfait comme du gros sel oui ; fini les conneries, il faut attaquer La Recherche…
Il y a deux machins que j’écoute continuellement ces temps-ci. J’espère que vous avez Spotify, sinon c’est râpé.
La première est Ecce Homo Et Caetera de Serge Gainsbourg. Il s’agit de la musique de son Ecce Homo sur laquelle ont été posées les paroles d’une chanson inédite, intitulée « Dormir Une Chance De Rêve ».
La seconde est Doucy de Queen Nadège, un machin découvert en auto, sur l’album bonus du dernier Alpha Blondy. Allez, comme dirait Booba, « Fais péter l’son dans la gov’, rends-moi hommage ! »
Michael Nyman, compositeur anglais, pote de Damon Albarn et de Peter Greenaway, dont il réalise les musiques de film (meilleur exemple possible : Le Cuisiner, le voleur, sa femme et son amant, 5 € sur Amazon ou en petits bouts de 9 minutes ici ). Outre ses portraits inspirés, il compose des opéras que l’on peut comprendre sans parler italien.
- Es-tu un écrivain maudit ?
- Oui, étrangement maudit, bien que très connu. Un ami m’a dit une fois que je lui rappelais un de ces tableaux où Dieu désigne quelqu’un d’un doigt vindicatif pour être la victime.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Il n’y a pas de raison. Il fallait quelqu’un.
Je n’avais jamais pensé que le Duc (Booba) puisse avoir des sosies, comme le Patron (Johnny) ou le King (Elvis). Métis tatoués, bodybuildés à en faire péter le Ünkut, la casquette enfoncée et les oreilles rangées dedans, ils affluent vers Bercy. Avec mes amis blancs-cul, nous nous faufilons parmi eux, en agrippant le goulot de notre bouteille de Jack’.
Je serais bien incapable de vous retracer une quelconque setlist, même s’il va de soi que j’ai hurlé toutes les paroles, à en défaillir dès la première chanson. Booba dédie le concert à Brams et pose un big up pour DJ Medhi sur Ouai Gros du 113. Le public a le sang chaud. Une fois le Ü enlevé, des cartes d’Afrique ou des pleins et déliés latinos s’échappent des débardeurs. La jeunesse est tatouée à en faire chialer les mères. Qu’importe, elle est ici triomphante et connaît mieux les paroles de Jimmy deux fois que celles de La Lettre. « J’préfère avoir un ennemi que la moitié d’un poteau ». Mon crew est bien entier et tout le monde chante. Je reçois même quelques plaintes des filles derrière, comme pour Johnny. Le Duc sera t-il l’idole des jeunes pendant cinquante ans ?
Le concert nous laisse hagards, vidés, perdus. Et dire qu’il faut enchaîner avec le Tigre… Je rentre le lion sénégalais dans sa cage et enfile une chemise, bien qu’il en faille davantage pour me domestiquer. Il n’y a pas de contradictions qui tiennent ; d’ailleurs, DJ Medhi avait collé des guitares dans Couleur ébène…
Je suis pétri de sentiments divers. Plusieurs fois, j’ai voulu poster un extrait de La belle vie de Jay McInerney, avant de me raviser. Trop sentimental. Je suis donc parti au cinéma découvrir Un été brûlant, où Bellucci me donnait envie de charger sabre au clair, en chantant l’Ave Maria.
Puis, à la soirée de lancement du numéro hybride d’Irène Erotic Fanzine, l’un des messieurs de Redingote a dit quelque chose très juste : qu’il est agréable de se retrouver dans une soirée où les gens sont intéressants ! À dîner ou en beuverie, ces demoiselles polissonnes savent composer un bouquet d’invités. Je rentrais chez moi fort saoul, mais content. Et là, ce matin, une saloperie de rengaine dans mon transistor. Daniel Darc s’accaparant Céline – « La seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C’est moi le printemps. » – cassant ce merveilleux extrait pour en faire une sous-fredaine. Mais l’a t-il lu ?
Tant-pis, je vous refourgue tout de même l’extrait de McInerney : « Et, même dans le bourbier de sa tristesse, il parvint à s’inventer des scénarios plus joyeux, dans lesquels son renoncement vertueux se voyait récompensé à la fin. »
” you knew who was out of work by who was in the bar in the evening. It was for sure that the guys that were working were not in the bar – they were in the studios. The bar was jammed with young men who walked around with six nikons around their neck even though they were not working”
J’avais vingt-cinq ans et je venais d’avaler une choucroute avec mon père, comme il le fit un quart de siècle auparavant, en sortant de la maternité où il venait de faire ma connaissance.
Je descendais le boulevard de Starsbourg, sur son vélo, et je me disais que la vie était merveilleuse, que je ne voyais pas pourquoi en changer, qu’il fallait en témoigner.
En attendant PASSION, La Conjuration sert de prétexte. Pof ! Trois ans au Tigre, ce samedi, pendant la fashion week. Venez nombreux, ça risque de dépoter ! (event)
La Conjuration est notre enfant. Elle a trois ans et ses parents en sont fiers. Cependant, elle m’a tant appris que, parfois, je me demande si ce n’est pas moi qui suis son fils.
La Conjuration va avoir un demi-frère, un fanzine prénommé PASSION. Il ne verra le jour que le 13 Octobre mais lui aussi m’a déjà beaucoup enseigné. Sommes-nous les enfants de nos productions ?
Pour vous tenir au courant, de la naissance, de la santé de bébé ou de la grosse fête de baptême, devenez fan de PASSION. Et puis c’est aussi mon anniversaire, vous ne pouvez pas me refuser ça !
Allongé sur un banc d’Arval, je fais la sieste et délaisse ma planche à roulettes. Quitte à être fainéant, j’aurais mieux fait de rester avec le contre-ténor Andreas Scholl et les gorgées de grappa que je dégustais après le déjeuner, avec un ristretto. En écrivant cela, je m’interroge sur le bal des langues qui valsent dans ma tête. Ainsi, j’ai écrit « gorgées de grappa » mais cela retranscrit mal ce que je ressens. Le verbe anglais « to sip » (boire à petites gorgées) correspondrait davantage, alors que « siroter » m’évoque les bruits de sucions que ferait un obèse teuton en aspirant un cocktail criard dans un club « all-inclusive ». J’ai également écrit « ristretto » alors que j’aurais voulu dire « ristrette », comme en Suisse. Seulement, cela cassait la suite Vivaldi-grappa-caffè. Et puis je parle d’obèse teuton, mais Andreas Scholl est allemand. On s’y perd, je ferais mieux de dormir, ou de remonter sur ma planche.
Dimanche, 7h28, retour de tournage nocturne, je m’arrête sur le Pont Neuf sans avoir vu le rouge des feux de la rue de Rennes. Près de la statue équestre d’Henri IV, un homme sans âge, les mains dans les poches d’une parka à la Houellebecq. Il ne fait aucun mouvement. Je ne sais s’il contemple la Rive Gauche ou s’il reste bloqué sur une bouteille vide de Merlot « Petites Récoltes » et une Heineken de 25cl, vestiges de la soirée des autres. De l’autre côté, d’insolents balcons protégent des fenêtres bardées de rideaux bouffants. Une lumière artificielle et dorée passe à travers les ouvertures de ces lourdes étoffes. After chic ou breakfast privilégié ? « Paris est minéral, c’est là sa beauté » disait un jour un architecte à mon frère. Que faire ? La louer en prolongeant ma nuit blanche avec le jus noir d’un zinc ou d’un palace ? J’opte finalement pour une sieste avant une séance de photo. À dix heure, j’aurais un gâteau à acheter… La Conjuration a presque trois ans et prend part à un beau projet dont vous saurez bientôt davantage !