Hommage à Antoine Blondin…

Tuesday, June 7, 2011

Blondin

Il y a vingt ans jour pour jour, Antoine Blondin partait trinquer chez Saint Pierre. Puisqu’il est l’un de mes écrivains favoris, je ne pouvais rester sans rien faire. Je me suis donc rendu à l’exposition « le Muscle et la Plume » qui lui rend hommage à la mairie du VIe arrondissement. Sport et littérature y sont mêlés. Si l’on connaît ses difficultés à écrire et rendre ses romans à l’heure (cinq en tout), ce n’était pas le cas de ces prolifiques chroniques sportives (quatre mille), comme celles des vingt-sept Tours de France qu’il suivit pour l’Equipe. Je m’amuse à le voir prendre des poses de boxeur dans l’appartement familial du Quai Voltaire et découvre les neufs pages de son carnet de jeunesse où il dit sa passion pour le Racing Club de France, dont il était membre.
Avec les photos des différentes éditions du Marathon des Leveurs de Coude, on pense au prince de la cuite qu’il était, popularisé par « Un Singe en Hiver », son plus grand succès, porté à l’écran par Verneuil et interprété par Belmondo et Gabin.
Dans le livre d’or, beaucoup dialoguent avec cet écrivain de l’amitié, ou plutôt se servent du livre comme intercesseur. On y trouve même l’écriture tremblée de sa fille Anne, au coude cassé.
En sortant, je décide de passer au 72 de la rue Mazarine, l’appartement où il est mort. La cour est habitée par la Galerie Frédéric Moisan dont l’exposition actuelle ne me touche guère. Je poursuis ma route en espérant me rattraper dans les troquets où il avait ses habitudes. Comme s’ils ne pouvaient survivre sans lui, Chez Albert et Le Rubens ont laissé place à des galeries et des pizzerias. Seul l’Alcazar subsiste, mais qui aurait envie d’en pousser la porte ?
Je décide de revenir sur mes pas et m’arrête devant Saint-Germain-des-Près, cette si belle église qui a accueilli les funérailles de l’écrivain. À l’entrée, un clochard lettré bouquine les jambes croisées. Je longe l’allée latérale de droite et m’arrête devant une statue. Coïncidence, il s’agit de Saint Antoine. À ses côtés, un format raisin est recouvert d’ex-voto manuscrits. Mon bic griffonne un « à Blondin » vertical, entre de larges lettres au Stabilo rose. Je pense à Victor Pivert (Louis de Funès) priant puis remerciant le même Saint dans Rabbi Jacob.
Après avoir salué la Vierge au Sourire, émouvants blocs de pierre trouvés et rafistolés, je quitte les lieux et m’installe sous la véranda du Flore. Trois œufs durs abandonnés me tiennent compagnie. Nul serveur ne viendra les chercher. J’ôte ma veste à laquelle le temps à donné des airs de Verdun et rejette en arrière mes cheveux trop longs pour la saison. Je sors mon carnet et aimerais pouvoir y écrire :

« Si je cherche du solide, autour de moi, je n’aperçois ni murs, ni meubles, rien que des êtres. L’amitié ou l’amour des autres aura été mon manteau et ma maison. J’espère leur avoir donné en échange les satisfactions que je leur devais, mais, je crains de les avoir déçus sur bien des points. Je ne déteste rien autant que de décevoir les gens. Je ne supporte pas d’entendre le bruit d’une porte ou d’un coeur qui se ferme.
Et si vous me demandez quel doit être le sens d’une vie, je vous dirais que, faute d’accepter de lui donner un sens (quel qu’il soit), on risque beaucoup d’en faire un sens interdit. »

Par Foucauld

PS : à l'étage de l'exposition, une vidéo est diffusée. Elle se télécharge ICI.

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